Ensemble Burgo, Porto - E. Souto de Moura, 2007 Anne Wermeille Mendonça“A Porto, elle peut paraître très haute, mais en tant que tour, elle est ridicule…“(1)
La notion d’échelle est par essence relative, puisqu’elle se fait par comparaison. L’objet architectural est, de cette façon, perçu par rapport au bâti existant, au tracé de la rue, au piéton. Si la commande de l’ensemble “Burgo“, faite en 1991, est grande pour E. Souto Moura, la tour est, elle, plutôt petite, a fortiori mesurée à l’aune de la nouvelle génération de gratte-ciel. Située sur l’avenue de Boavista, axe qui relie en ligne droite la Rotonde du même nom à la mer, elle est l’une des premières tours à être édifiées dans une zone en transformation. Trois éléments forment le complexe “Burgo“ : une plate-forme qui abrite le parking, la tour et un bâtiment de commerces. La base coupe toute relation directe avec la rue et le voisinage. Le volume bas et allongé, avec ses façades aux lignes verticales, est le contre-point de la tour. Finalement une sculpture monumentale de couleurs fortes, apporte à l’ensemble un subtil équilibre.(2) Dans ce contexte urbain, la relation avec le lieu, structurante dans la tradition de l’“Ecole de Porto“ est subordonnée à une série de données techniques astreignantes. Rapidement, l’architecte prend conscience que la volumétrie de la tour est de fait déjà modelée par d’innombrables paramètres: le client veut tant de m2, la police du feu limite la hauteur à 70 mètres, les règlements de construction définissent les aires de circulation et les ingénieurs dictent portée et épaisseur des dalles. Il en résulte un plan carré, avec un noyau de service central et une façade structurelle. L’enjeu du projet se concentre alors sur la peau.
Sans le contrôle des proportions, provoquer l’illusion.
S’il est vain d’exalter la verticale, alors il faut travailler l’horizontale. Elle a toujours été dominante dans le travail de E. Souto de Moura ; elle est ici menée à l’extrême. Il reprend l’idée des lamelles, utilisées dans d’autres projets, pour brouiller l’échelle. Elles permettent l’ouverture tout en annulant les fenêtres aux proportions courantes. La concentration de lignes horizontales, sans rapport apparent avec le nombre d’étages, prête alors à la tour des hauteurs insoupçonnées. L’imbrication de deux types de façades, l’une très fermée et l’autre plus ouverte, crée, par un jeu de plein et de vide alterné, un effet d’empilement. Piles et amoncellements sont les références de ce projet. De ces images de poids propres s’additionnant résulte, paradoxalement, une étonnante légèreté visuelle. Façades continues, abstraites, dissociées de l’intérieur, elles forment une entité autonome qui détermine notre perception de l’objet. La porte d’entrée, étonnement petite et s’ouvrant à contre-pied sur la façade latérale, l’absence de socle et de couronnement, tout renforce l’effet.
“La silhouette est imposée et Vitruv (firmitas, utilitas, venustas) définitivement enterré“ Le travail sur la peau et la maîtrise de l’échelle sont primordiaux dans ce projet, qui permet de corriger une situation imposée et d’atteindre un point d’équilibre. La phrase de E. Souto de Moura, sus citée, peut alors se lire à contresens, tout le projet tendant en fait à atteindre un idéal classique ou un équilibre miesien. 1 Citation tirée d’une Entrevue de E.Souto de Moura avec A.Dourado, P.Jordão et S. Faria, intitulée « Transparence of Gestures », Revue NU #01, avril 2002, p.10 2 Sculpture en fer peint de l’artiste plastique Ângelo de Sousa, Porto, 2006 Aus der Ausgabe 06-2008 |