Penser le futur de la ville Yves DreierAprès 1997, 2000 et 2004, la 4e édition de « Lausanne Jardins » s’articule autour de la nouvelle ligne du métro m2 qui traverse la ville du sud au nord, du port d’Ouchy aux quartiers de villégiature proche d’Epalinges(1). Cette édition, intitulée « Jardins dessus dessous », met en relation le monde souterrain du métro, qui constitue la colonne vertébrale et le moteur ascensionnel de la manifestation, avec un parcours pédestre dessiné en cinq boucles descendantes à travers le tissu urbain.
Manifestation internationale Les 35 interventions paysagères sont l’œuvre d’architectes, de paysagistes, d’artistes et de jardiniers provenant d’une dizaine de pays différents. Sélectionné en avril 2008 parmi 138 projets lors d’un concours international et d’un concours interne du Service des Parcs et Promenades de la Ville de Lausanne et de la HES de Lullier, chaque participant était libre d’implanter son projet le long du parcours prédéfini. Les choix opérés font la part belle à la rencontre entre la grande et la petite échelle, entre la découverte simultanée d’un vaste territoire et à la révélation de qualités morphologiques ponctuelles. Au fil de la promenade, la répétition des interventions, tour à tour architecturées, paysagères ou naturalistes, éveille la sensibilité pour les éléments naturels qui l’entoure. Il suffit en somme d’avoir été initié pour percevoir, outre les jardins estampés, une multitude d’autres interventions fortuites déjà présentes depuis longtemps au cœur de la ville, mais que notre inconscient snobait par ignorance ou aveuglement et qui d’un coup prennent une signification et une valeur insoupçonnées.
Carnet de route On pourrait parler du soin apporté à la réalisation des projets, à la nomination des variétés utilisées, aux modes d’arrosage audacieux, à l’esthétisation de la plante et de son contenant, aux réflexions d’entretiens, à la problématique de l’évolution visuelle des jardins entre le 20 juin, date de l’inauguration et le 24 octobre, date de la clôture du festival. On pourrait aussi s’étendre sur certaines démarches plus concluantes que d’autres, sur la multitude des expériences auditives, aromatiques et visuelles, sur quelques anecdotes croisées ou certaines faits historiques, qui comme des perles ponctuent chaque boucle du parcours. La parution d’un très riche carnet de route raconte tellement bien toutes ces choses, au point qu’il serait inutile de les répéter ici par quelques raccourcis réducteurs (2).
Penser le futur de la ville Outre les points évoqués plus haut, un des enjeux principaux de « Lausanne Jardins » se situe dans la reconnaissance du potentiel des interventions paysagères en milieu urbain. Leur implication dans la perception et la révélation de lieux aux valeurs insoupçonnées, leur donne une qualité de ciment urbain au même titre qu’un objet architectural ou une intervention urbanistique. En effet, chaque jardin s’insère dans une micro-friche laissée vacante par la ville et devient une expérience à penser les failles et potentiels de notre cadre de vie urbanisé. Chaque intervention devient ainsi un prototype capable de soulever des questions de fonds sur l’affectation et la forme urbanistique de l’emplacement qu’elle colonise, reconquiert ou transforme l’espace d’un été. Avec cette 4e édition, « Lausanne Jardins » acquiert un statut à mi-chemin entre festival ludique et exposition au discours engagé. Dans tous les cas, cette manifestation profite intelligemment de son caractère temporaire pour donner des impulsions et soulever des discussions autour du développement urbain en général et lausannois en particulier. Ainsi « Lausanne Jardins » devient un outil de réflexion permettant de questionner la ville en testant les capacités poétiques et réactives de chaque site par la modification et la réinterprétation de quelques paramètres de sa morphologie. La multiplication et la justesse de nombre d’interventions sonnent comme une salve de questions lancée à la ronde. Espérons que la planification future de la ville saura se résoudre à certaines vérités incontournables. 1)Un article spécialement dédié à ce sujet paraîtra dans le numéro du mois de novembre. 2)Disponible au prix de CHF 14.50 auprès des compagnons de jardins (office du tourisme, cafés et restaurants), présents le long du tracé de la manifestation (bilingue français/anglais). Aus der Ausgabe 09-2009 |