Le nouveau Musée des Beaux-Arts à Lausanne Yves DreierLe musée cantonal des Beaux-Arts se situe
actuellement dans le palais de Rumine au centre
de Lausanne. De nombreux problèmes sont liés à sa
localisation: accès difficiles, espaces
d'exposition trop étroits, surfaces de stockage
obsolètes et normes de sécurité inadéquates. De
plus le rôle du musée a évolué, c'est devenu un
lieu de connaissance et de conservation, mais
aussi d'échange et d'apprentissage où les sens
sont mis en éveille. Jadis réservé à une élite,
l'art est aujourd'hui un outil indispensable dans
la propagation des connaissances culturelles. Les
résultats du concours international à deux degrés
soulèvent la question du fonctionnement interne
et de l'attrait architectural d'un nouveau musée
qui désire s'adresser à un large public.
Un site ambigu
Avant l'organisation du concours pour le nouveau
Musée des Beaux-Arts, aussi nommé nMBA, il a
longtemps été question de son implantation. Après
l'analyse du potentiel de plusieurs emplacements
dans et autour de Lausanne, le site de Bellerive
près du port historique d'Ouchy au bord du lac
Léman a été retenu pour ses qualités d'accès, de
visibilité, de place et de rentabilité.
La parcelle est une vaste étendue de forme
trapézoïdale se situant sur une partie du lac
remblayée artificiellement à l'occasion de
l'Exposition nationale de 1964. Résidu de terre
entre ville et lac, zone industrielle et de
détente, ce terrain vague réclame une affectation
qui revalorise le lieu. Le périmètre de
construction est limité par la place des fêtes de
Bellerive, une zone industrielle abritant un
chantier naval, une piscine avec un vaste parc et
le lac s'ouvrant à 180° sur le panorama grandiose
des Alpes.
Les 9 projets retenus pour le second degré ont
été sélectionnés parmi plus de 250 bureaux
provenant de 13 pays différents.
Le concours
Quatre projets retenus pour le second degré
proposent un bâtiment disposé perpendiculairement
aux directions principales du site. Le musée
s'adosse à la zone industrielle afin de créer une
place avec vue sur les Alpes en guise d'accès. Ce
positionnement a plusieurs atouts: il crée des
espaces extérieurs riches qui se dégagent sur le
panorama sans prétériter les vues, sépare les
accès publics, privés ou de livraison,
hiérarchise les espaces menant progressivement de
l'extérieur à l'intérieur du bâtiment, joue avec
l'image représentative du musée et offre une
séparation claire entre les espaces d'exposition
et de travail dont dépend le fonctionnement du
musée.
L'implication et la cohérence des rapports entre
le bâtiment et le site, en particulier avec le
plan d'eau du lac et le panorama, semblent avoir
défini le classement. Comme pour faire comprendre
la réflexion ayant eu lieu durant le jugement,
l'exposition des projets retenus trouve son
épilogue avec la présentation du projet lauréat
des jeunes architectes zurichois Barrel Wülser
Kräutler.
Les approches
Le projet du bureau Richter et Dahl Rocha,
obtenant le 5e rang, propose un bâtiment dont le
principe et l'esthétique rappelle un pont. Le
volume contenant les salles d'exposition est
porté par deux piles qui permettent une
organisation libre et flexible du
rez-de-chaussée. Les extrémités du volume
s'ouvrent sur l'entourage du musée. Côté ville,
le contenu du musée se dévoile comme à travers
une large vitrine et attire le visiteur.
Le bureau Luscher Architectes, classée au 4e
rang, cherche par deux pans de mur décalés à
limiter l'espace devant le musée et à masquer la
zone industrielle. Le visiteur pénètre à
l'intérieur du bâtiment par une rampe qui se
faufile dans l'interstice crée par le
chevauchement des deux murs. Les espaces
d'expositions s'organisent sur un niveau, de part
et d'autre du foyer, et s'orientent sur le
panorama par d'énormes baies vitrées. Des rampes
transversales marquent le passage de chaque salle
d'exposition et mènent ainsi à la découverte des
Oeuvres d'art.
La proposition du consortium Kagan + Lopez &
Périnet-Marquet, décrochant le 3e rang, allie
horizontalité et verticalité. L'exposition
temporaire se développe côté ville sur un étage
et l'exposition permanente s'organise sur trois
niveaux regroupés en une entité indépendante. La
rencontre des deux volumes ainsi qu'un bassin
affirme la présence du bâtiment vers le lac. La
richesse des cheminements internes et l'apport en
lumière naturelle varié modifie l'identité de
chaque espace d'exposition et offre aux Ouuvres
une mise en valeur idéale.
Le projet des bureaux Localarchitecture &
Mondada, récompensé par le 2e rang, remodèle le
remblai artificiel de la parcelle en implantant
le musée comme s'il s'agissait d'un éperon
rocheux sortant de l'eau. La place devant le
musée disparaît progressivement dans le lac afin
d'augmenter la cohabitation entre le bâtiment et
son environnement. Les ouvertures et les espaces
de circulation, munis de galeries reliant les
salles d'expositions disposées en enfilade,
semblent avoir été creusés dans le bâtiment par
l'érosion.
Ying Yang
Le projet lauréat des architectes Barrel Wülser
Kräutler donne une âme au lieu et s'approprie son environnement en lui conférant une identité
nouvelle.
Le bâtiment ne comporte aucun angle droit, c'est
un polygone sobre a cinq faces irrégulières. Le
musée, au revêtement claire contrastant avec
l'étendue foncée du lac, est placé au contraire
des autres projets primés à l'extrémité de la
parcelle, à la limite entre eau et terre. Comme
posé sur un promontoire, le musée attire le
regard du visiteur depuis la ville et cadre les
différentes perspectives sans les masquer.
L'accès par une longue rampe en pente douce, un
bras tendu vers le visiteur, est un appel à
pénétrer dans le musée. Le bâtiment plonge
ensuite de manière décidée dans l'eau et dynamise
l'étendue plate du lac qui se dégage à ses pieds.
Le musée est une suite de promenades, de
l'extérieur vers l'intérieur tout d'abord et en
son sein ensuite. Les vues et la lumière guident
le visiteur à travers le musée et l'oriente, tour
à tour sur le lac, la ville, les rives, l'espace
vert de la piscine et le chantier naval. C'est
une scénographie réfléchie qui met en valeur le
bâtiment, ses espaces, ses richesses et son
environnement.
L'entrée par un espace entièrement vitré se
développant sur deux étages est constituée d'une
galerie, où se trouve l'accueil et les
vestiaires, et d'un café-restaurant en
contre-bas. Le mouvement initial en direction du
lac est primordial car il contraint le visiteur à
se retourner de 180°, autrement dit à se séparer
du panorama majestueux qu'il a devant les yeux,
avant d'accéder aux salles d'exposition. Cette
entrée est le début d'un cheminement en spiral
qui traverse le musée et ses expositions suivant
le principe du Ying Yang.
Le foyer offre un point de vue surélevé sur la
ville et sert de vitrine au musée. A partir de
cet endroit les chemins se séparent entre les
expositions permanentes et temporaires. Les deux
salles présentent une spatialité riche et
fluctuante donnée par la forme polygonale du
bâtiment et accentuée par une couche
intermédiaire traitée à la manière d'un paravent
plié contenant les circulations verticales. Un
escalier où les visiteurs se croisent relie les
salles basses du premier étage aux salles hautes
baignées de lumière zénithale. Le cheminement en
spiral trouve toute sa signification dans
l'organisation en quinconce des espaces
d'exposition. Chaque salle s'ouvre sur le
panorama à son extrémité et s'approprie une
identité, une orientation et des éclairages lui
étant propre. Les quatre salles d'expositions
peuvent fonctionner de manière isolée ou
conjointe offrant une flexibilité et une
diversité dans l'organisation des expositions et
la mise en valeur des d'Oeuvres d'art.
A l'avenir...
Le concours pour le nMBA a permis de constater le
potentiel du site de Bellerive à la fois fragile
et grandiose. La réalisation est maintenant une
affaire de patience. L'inauguration du nMBA est
annoncée pour 2010, mais de nombreuses
discussions, concernant le site retenu pour le
concours, l'adaptation du plan de zones et le
budget de construction de 53 millions, risque de
prendre du temps. D'ores et déjà une certitude se
cristallise. Le musée desBeaux-Arts désire
acquérir de nouvelles ¦uvres, assurer la
pérennité de ses collections et dynamiser son
image auprès du public. La force tranquille du
projet lauréat est un outil indispensable à la
réussite de ces buts qui serviront à promouvoir
le patrimoine culturel du musée et à étoffer
l'offre touristique de la ville de Lausanne.
Aus der Ausgabe 05-2005 |