Giancarlo De Carlo - Layered Places Béatrice ManzoniGIANCARLO DE CARLO 1est mort, samedi 4 juin, à Milan. Il était âgé de 85 ans.
Figure charismatique en Italie mais aussi au sein de courants critiques de l'architecture européenne depuis plus d'un demi-siècle, De Carlo était un intellectuel engagé qui se méfiait des jeux de pouvoirs et de « l'architecture spectacle ». Proche des milieux anarchistes, il ne cachait pas que son architecture était imprégnée de cette « croyance en une liberté active ». Prolongeant le courant créatif du Team X, son caractère anti-conventionnel et égalitaire, De Carlo créait en 1976 l'ILA&UD (International Laboratory of Architecture and Urban Design). En 27 ans d'existence, ce laboratoire de projet qui revendiquait de n'être ni une école ni un cours d'été, accueillait, dans un esprit d'ouverture et de curiosité réciproque, des générations d'étudiants et d'architectes. Trop à l'étroit dans les revues existantes, De Carlo créait en 1977 « Spazio e societa », dont il dirigea une centaine de numéros. Récemment, il léguait l'ensemble de ses archives au Musée d'art moderne-centre de création industrielle de Paris et au printemps 2004 une exposition lui était consacrée au Centre Pompidou.
« Nous ne pouvions accepter le rôle de l'architecture se limite à celui de la fabrication d'objets. Nous estimions qu'il fallait plutôt transformer l'environnement, pour améliorer la condition humaine » GDC, des lieux, des hommes p.39.
Proche du Team X, De Carlo, ne s'aligna jamais sur les positions des Smithsons ou des Hollandais Van Eyck, Bakema ou Hertzberger, mais défendait avant tout une architecture qui s'adapte à la complexité des formes sociales et culturelles du lieu et qui s'ouvre à une diversification des modes d'associations humaines. De Carlo posait comme postulat que toute intervention architecturale s'opère sur un territoire déjà habité. Il appellait « participation » le processus de mise au jour de significations déjà présentes dans une communauté. Ce temps partagé avec les futurs habitants il le mit en oeuvre à deux reprises, pour l'ensemble de logements de Terni, (Ombrie, 1969), et celui de Mazzorbo (lagune de Venise, 1979-1985).
Mais si De Carlo était convaincu que « l'écoute active » est un élément essentiel de la conception, il reconnaissait aussi que cet idéal ne peut pas toujours être appliqué. Ainsi, dans le cas de grands projets d'urbanisme, la participation doit d'appuyer sur le site, la densité socio-politique cédant la place à une perception topologique.
«C'est dans le territoire que l'humanité peut trouver des traces de son passé et des signes pour le futur, les indices de ses succès et de ses échecs, les causes de ses aspirations, tous les paramètres qui permettent de comprendre d'où elle vient et quel objectif elle peut se fixer pour l'avenir ». GDC, des lieux, des hommes p.56.
Urbino, petite ville de la région des Marches, constitua son plus grand laboratoire et le plus abouti. Appelé dès 1952 pour agrandir l'université, De Carlo y travailla durant un demi-siècle intervenant dans les différentes strates de la ville et de son territoire. S'appuyant sur les mécanismes de transformation dans le temps, il proposa des solutions urbanistiques et architecturales qui prolongent l'équilibre entre structure urbaine et paysage. En lisière de la ville, l'architecte réalisa des résidences universitaires en prennant comme élément de base le plus petit espace habité - la chambre - lui associant un vaste choix d'espaces conviviaux. Par le biais des jeux de volumes et de matériaux simples, il réussit à créer un ensemble qui s'inscrit subtilement dans le paysage.
De Carlo intervint également à de nombreuses reprises dans le centre historique en insèrant de nouvelles fonctions dans les bâtiments du XVII ème siècle. Qu'il s'agisse de l'amphithéâtre de la faculté des sciences et de l'éducation Il Magistero ( 1968-76) qui capte la lumière latéralement, ou du parking souterrain Mercatale (1969-72) avec ses longues prises d'éclairage zénitales, l'architecture de De Carlo se caractérise par un travail approfondi en coupe afin de favoriser l'apport de lumière naturelle.
Dans les années 90, De Carlo fut chargé de dessiner un deuxième plan d'urbanisme sur l'ensemble de la région d'Urbino qui n'est que fort peu connu. Au cours de ces deux dernières décennies, il s'intéressa beaucoup à la notion de « territoire ». Sa conception globale du territoire considére les systèmes urbains, comme des composantes, au même titre que d'autres, celles de la culture rurale et des systèmes naturels, que l'on peut déchiffrer et réorganiser de façon à rétablir leur cohérence et leur équilibre. Ainsi chaque territoire possède sa propre identité tissée à partir des innombrables rapports qui se sont noués entre chacun de ses éléments. De Carlo, soulignait l'urgence de prendre conscience « que protéger l'environnement naturel, signifie l'intégrer dans un processus de transformation, c'est-à-dire qu'il ne faut pas cesser de le modeler »2.
( illustration 1) « Collegio del Colle », résidence universitaire, Urbino (1962-66) photographie B. Manzoni.
( illustration 2 ) « GDC » vidéo dans l'exposition qui lui était consacrée au centre Pompidou, photographie S. Rossetti.
1. John Mac Kean, (2004), (édition originale en anglais Giancarlo De Carlo- Layered Places) Giancarlo De Carlo : Des lieux, des hommes, traduit de l'anglais par Paul Camus, centre Pompidou, éditions Axel Menges, Paris.
2. Ibid p. 9 Ilaud's second year at San Marino, reading and design of the teritory 2, ILAUD 1995, San Marin, 1996 Aus der Ausgabe 09-2005 |