Téle-Vision : La télévision visible de loin Charles PictetConcours pour la rénovation de la tour de la TSR à Genève
Avec le titre « idée suisse », la direction de la Société Suisse de Radiodiffusion (SRG SSR) a lancé le 23 décembre 2004, un concours sur invitation pour une transformation complète de la tour de la Télévision Suisse Romande (TSR) à Genève. La nécessité a présidé au lancement du projet. La tour, floquée à l'amiante nécessite un assainissement complet. D'autre part, le noyau central des services coupe le bâtiment en deux et pose de gros problèmes de flexibilité. Enfin, la trame constructive n'autorise pas une utilisation optimale de l'espace. En ce qui concerne les aspects techniques, l'isolation et l'ensemble des services ne correspondent plus aux exigences actuelles.
Le concours en deux étapes, a fait l'objet d'un mandat d'études parallèles au deuxième tour. Par ce biais, le maître d'ouvrage a souhaité mettre en place une procédure qui lui permette de définir empiriquement les contraintes et opportunités liées à la transformation et définir des solutions en dialogue avec les mandataires. Au premier tour, 15 architectes dont 5 genevois, 5 suisses (hors Genève) et 5 européens ont été invités et 13 projets ont été rendus. A l'issue de celui-ci, 4 projets ont été retenus par le collège d'experts. Suite à la levée de l'anonymat, les équipes de Devanthéry-Lamunière, Genève, Abalos & Hererros, Madrid, Andréa Bassi, Genève, Bugna-Barro, Genève ont été retenues pour le deuxième tour. Le 22 septembre 2005, le jury a recommandé au Maître de l'Ouvrage de confier le mandat d'élaboration du projet définitif au bureau Devanthéry-Lamunière à Genève.
contexte urbain et stratégie de projets La tour de la télévision est un des bâtiments actuellement les plus hauts de la ville de Genève. Sa silhouette caractéristique avec son couronnement constitué d?une antenne de très grandes dimensions comme un plateau carré posé sur sa tranche, domine le skyline de la ville et se voit dans l?axe de la rade à droite de la silhouette du centre historique dominée par la flèche de la cathédrale Saint Pierre. Lors de sa construction en 1972-73 sur les plans de l?architecte genevois Arthur Bugna, cette modification de la silhouette de la ville annonçait une consolidation du tissu urbain en direction du quartier des Acacias. Genève est traversée par deux cours d?eau importants. Le Rhône qui reprend son cours à l'embouchure de la rade et l'Arve, moins connue, qui traverse la partie sud de l?agglomération. L'Arve marquait la frontière entre Genève et le royaume de Sardaigne jusqu'en 1815. Cette rivière qui vient du massif du Mont Blanc est un cours d?eau torrentueux troublé par les matériaux qu'il charrie. Ses berges sont toujours restées sauvages en raison de ses fortes crues. L'Arve traverse la ville sans que cette dernière n?ait jamais célébré sa présence de manière particulière. Dans les années 60' et 70' plusieurs constructions étaient entreprises aux abords de cette rivière avec l'implantation de nouveaux bâtiments comme la faculté des sciences, la construction de nouveaux ensembles de logements, des infrastructures sportives, de nouveau bâtiments administratifs en hauteur comme la tour Rolex, la tour Firmenich et la tour de la télévision. Ces constructions achevaient la densification de la ville au nord de l'Arve sur le secteur de l'exposition nationale de 1896. Elles annonçaient également le franchissement de l'Arve par la ville. Pour parler plus précisément de la tour de la télévision, elle marquait et marque encore aujourd'hui un poste avancé de la ville mixte et dense en direction de la zone des Acacias. Elle se dresse loin en retrait de la silhouette de la ville historique comme la marque d'un autre centre et d'une autre direction. A ce titre, ses façades non orientées établissent un rapport indifférencié avec le contexte environnant. Ce fait est à relever car si elle domine d?un côté la ville dense du XIXème siècle du quartier de Plainpalais, elle regarde de la même manière le vaste terrain plat de la zone industrielle du sud de l?Arve, héritée du plan Braillard de 1935. Ainsi, celui qui découvre Genève et qui croit trouver en ce lieu le centre d?un deuxième pôle de densité sera surpris de découvrir qu?il s?est dirigé sur une limite de la ville actuelle. Le développement de la ville dans ce secteur qui a été stoppé vers la fin des années 1970 a repris depuis peu tout son sens avec le débat qui anime Genève sur la pertinence d?une requalification du secteur des Acacias et de la Praille, surface de plus de deux millions de mètres carrés en pleine agglomération. La section Genevoise de la Fédération de Architectes Suisses FAS a récemment lancé un concours international sur ce périmètre et ses résultats exposés cet automne ont relancé le débat sur le franchissement de l?Arve (voir aussi le texte dans wbw 1/2 ? 2005). L?enjeu est la ré-affectation partielle des terrains industriels pour des logements et des activités tertiaires. Par sa situation en bordure de périmètre, la tour de la télévision préfigure ce futur. Le concours de la tour de la télévision marque par conséquent une opportunité pour la réflexion sur le sens de la ville dans ce secteur et la palette des projets retenus pour un mandat d?études parallèle montre avec acuité la diversité des réflexions des candidats sur l?interprétation de cette situation urbaine en mutation. En regard de cette position dans la ville en mouvement, ce concours marque aussi le changement du statut de la télévision dans le rapport qu?elle entretient avec son public. D?un service de diffusion distant, elle est devenue un interlocuteur proche, en dialogue avec ses utilisateurs. Cette optique de gestion d?entreprise concorde avec la volonté de chercher une nouvelle expression architecturale pour la tour. La mutation du quartier de Plainpalais avec l?ouverture du Musée d?Art Moderne et Contemporain (MAMCO) en 1994 dans les anciens locaux de la Société d?Instruments de Physique (SIP), le Centre d?Art Contemporain (CAC) et l?implantation d?un grand nombre des galeries d?art contemporain de Genève, ont fait du quartier un pôle culturel de la ville. L?intégration des activités de la télévision dans cette mutation n?en est que plus pertinente. En conclusion, pour résumer les stratégies de projets en quelques phrases, on pourrait identifier deux principales hypothèses de travail: l?objet en dialogue avec la ville environnante, comme un bâtiment faisant partie de son quartier. La perception de la tour n?est pas de partout celle d?un solitaire. Elle n?apparaît dans son intégralité que depuis l?Arve ou le quartier des Acacias. Depuis le reste de la ville, elle n?est visible que dans son tiers supérieur (projets « 2005 » et « la ville à tous les étages»), et l?objet solitaire dont la dimension se réfère à l?échelle du paysage urbain comme « landmark » (projets « la boîte à idée suisse » et « S?trace »).
Charles Pictet -Projet « La ville à tous les étages », bureau Devanthéry-Lamunière, Genève Le projet oriente la tour, il propose une architecture en dialogue immédiat avec la ville par l?introduction de grandes vitrines qui regardent et sont regardées et qui s?ouvrent de façon différentiée suivant les faces concernées et le rapport de ces faces avec le tissu urbain existant ou à venir. Les modifications plastiques du volume obéissent à le même recherche.
-Projet « 2005 », Bureau Abalos & Herreros, Madrid Le projet modifie fortement la volumétrie de la tour, prend la mesure de son échelle de tous les côtés et l?intègre dans l?îlot dont elle émerge.
-Projet « La boîte à idée suisse », Bureau Andréa Bassi, Genève Le projet traite la tour comme un «landmark». La plasticité du volume est modifiée par l?adjonction de surfaces décalées. La tour s?oriente ainsi parallèlement à l?Arve et marque sa direction dans le paysage entre le Salève et le Jura. Un traitement unitaire de la double enveloppe soutient la force volumétrique de l?objet.
-Projet « S?trace », Bureau Bugna-Barro, Genève Le projet dont un des deux auteurs est le fils de l?architecte de la tour actuelle est un projet très respectueux du bâtiment existant. Il ne modifie pas la volumétrie et propose des modifications mesurées aux strictes nécessités du programme. Le traitement unitaire du volume et de son enveloppe proposent une forme de maintient du status quo existant.
Le collège d?experts: Président : M. Luca ORTELLI, Architecte, Professeur EPFL Membres : M. Gilles MARCHAND, Directeur de la TSR, Directeur des Programmes ; M. Gilles PACHE, Directeur Des Programmes Information & Magazines, TSR ; M. Lorenzo Piero LOLLI, Responsable Immobilier SRG SSR Idée Suisse ; M. Christophe CHATELET, Pilote De Projets, SRG SSR Idée Suisse, Mme Anne-Marie LOEILLET, DAEL ; M. Jean-Jacques OBERSON, Architecte, Ville de Genève ; M. Daniel MARQUES, Architecte Lucerne ; M. Bernard CRETTAZ, Ethnologue, Zinal ; M. François CHASLIN, Critique D?architecture, Paris ; M. Marco BOSSO, Ingénieur Civil, Le Mont-Sur-Lausanne ; M. Jean PROBST, Division De L?aménagement Et Des Constructions, Vile De Genève. Suppléants : M. Gérard VERCAUTEREN, TSR, M. Sami ERRASSAS, Architecte, Cellule Masterplan. Aus der Ausgabe 03-2006 |