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| 07 | 06 |
| Paysage humain Anne Wermeille Mendonça Maison Tóló à Alvite (Vila Real)
"Dans les montagnes on entasse les pierres, le granit. On les empile pour
diviser les champs, on élève des murs avec un art plus ou moins épuré, qui
soudain montrent des arêtes précises, des contours différents de ceux des
roches alentours arrondies(..)"
Pour atteindre la maison Tóló, il faut traverser les verts paysages du
"Minho", puis grimper dans la Serra (Serra de Alvão). On s’immerge peu à
peu dans ces paysages de granit, naturels et construits. Reviennent à
l’esprit les images de "L’architecture Populaire au Portugal", étude
fondamentale faite au début des années 60 par le Syndicat National des
Architectes, et qui visait entre autres à confirmer ou au contraire infirmer
le concept de "maison portugaise" cher au Dr. Salazar . Il est ressorti de
ce travail qu’il existe une grande diversité de styles, donc aucune "maison
portugaise" typique. Mais ce travail sur le terrain aura surtout marqué une
génération d’architectes, adeptes du mouvement Moderne, et qui retrouvent la
diversité et la richesse des traditions. Cette expérience collective a
laissé des traces dans l’architecture portugaise. Une des lectures de la
maison Tóló doit être faite dans cette perspective.
Des hauteurs de la Serra, on plonge dans un val verdoyant vers le village de
Alvite (Ribeira de Pena). Un peu après l’agglomération, en amont dans le
virage, on aperçoit la maison entre les chênes. Le projet est de Álvaro
Leite Siza Vieira , qui n’est autre que le fils du grand architecte presque
homonyme Álvaro Siza Vieira.
Pour implanter cette maison de vacances, les clients disposaient d’une
parcelle de terrain allongée, étroite et fortement inclinée, tournée vers le
sud.
Un chemin praticable en voiture borde la partie supérieure du terrain, un
autre plus agreste en délimite le bas. L’escalier extérieur relie ces deux
chemins et crée un nouveau parcours. Il se déroule dans toute la longueur du
lot, reliant la cote la plus élevée au point le plus bas. Intrinsèquement
lié à l’escalier intérieur, ils forment ensemble l’épine dorsale de la
maison.
Avec ses quelques 270 marches d’escaliers, la maison Tóló peut se révéler
une épreuve.
Le béton est ici utilisé comme structure et revêtement extérieur. Seules les
couvertures sont isolées, les parois étant en grande partie enterrées.
Les escaliers extérieurs rappellent les chemins de croix, si présents au
Nord du Portugal – on se souviendra du "Bom Jesus do Monte" à Braga. La
piscine, volume creux en béton qui termine la composition, est à l’image des
bassins de rétention d’eau, souvent taillés dans un unique bloc de granit.
Les couvertures des volumes sont autant de terrasses qui rappellent les
aires de séchage en pierre de l’architecture traditionnelle.
Les espaces intérieurs sont intimement liés au paysage par de grandes
ouvertures, fenêtres horizontales et portes-fenêtres. Ils se répartissent
entre quatorze demi-niveaux.
Cette habitation est exigeante ; la présence constante des marches oblige à
une expérience de vie différente. Ce n’est pas ici le projet qui s’adapte au
client, c’est d’abord le projet qui s’adapte au terrain, puis l’utilisateur
au bâti.
Ce projet, qui s’affirme totalement contemporain par sa matérialisation, est
intrinsèquement lié à "l’école de porto". Architecture qui, tout en prônant
les valeurs de l’architecture moderne, se met constamment en relation avec
l’existant. Aus der Ausgabe 07-2006 |

