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| Figure imposée Philippe Meier Coppet est un village-rue lémanique traditionnel, situé à quelques encablures de Genève. Il est principalement connu pour son château du XVIIème siècle, autrefois demeure de Madame de Stael. Coppet est aussi une commune, au cœur de la région dite de « Terre-Sainte », qui devient un des nouveaux réservoirs de parcelles pour les cadres pendulaires genevois, que le territoire, devenu trop exigu, ne peut plus accueillir. Dans cet univers bourgeois, dominé par les toits généreusement tuilés et le crépi volontairement rustique, cette petite commune a eu le courage de modifier son règlement des constructions pour permettre la réalisation d’architectures contemporaines. C’est dans ce contexte qu’Andrea Bassi conçoit une généreuse et lumineuse villa concentrée au nord d’une parcelle de 2’200 mètres carré. Un prisme de béton qui « flotte » sur un jardin largement remanié dans ses mouvements de terre : une forme de réponse d’architecte aux trop fameux talutages qui envahissent les abords des villas de moyenne gamme. En continuité de ses précédentes réalisations domestiques, l’architecte s’impose un thème qu’il affectionne : une maison à patios. Dans un environnement décousu, le carré[1] s’affirme comme étant la figure rhétorique utilisée pour donner sens à l’intervention. Ici la géométrie n’est pas mise au service d’une « centralité rayonnante » qui, comme chez Andrea Palladio, se devait de contrôler le paysage agraire lointain, mais au contraire accepte des découpages aléatoires permettant d’introduire des « micro-paysages » au coeur même de l’habitat, là où s’installe naturellement la pièce de vie[2]. Dans cette composition de « l’enlevé » qu’il a déjà expérimenté à une plus grande échelle[3], Andrea Bassi met en jeu quatre patios qui sont comme des corps creux à l’intérieur de l’enceinte de béton. Leurs dimensions et leurs proportions sont le fruit d’un patient travail en maquette, où le verre, très finement découpé par les profils en aluminium, exacerbe l’angle qui s’évide par le subtil coulissement de la baie. En cohérence avec la recherche d’une « spatialité horizontale » afférente à l’ensemble des travaux de l’architecte, les parcours qui s’offrent ici aux occupants sont une espèce de « promenade en deux dimensions » entre des corps de verre, dont l’intensité et la qualité de lumière varient en fonction du parcours solaire. A l’envi, ils deviennent des corps de textiles quand les rideaux, indispensables palliatifs dus au renoncement du store, habillent le verre d’un contour plus flou et annoncent une autre scénographie intérieure. Les quatre façades de cette villa sont la résultante de l’intériorité : elles expriment parfois le mur, parfois le verre, parfois les deux. Bassi n’a pas cherché à pousser le projet dans une radicalité absolue où la géométrie et la notion de l\'enceinte murale auraient dicté leurs règles. Ici le « micro-contexte » et la qualité de l’usage l’amènent à déplacer telle fenêtre, à vitrer un angle sur le paysage ou à donner au garage, véritable pièce d’entrée, un statut de cinquième « patio ». L’abstraction développée dans ce projet tend à effacer toute codification constructive traditionnelle. C’est dans le traitement de la matière, « support et champ d\'action de la créativité »[4], selon la pensée heideggérienne, qu’apparaît de la manière la plus claire cette recherche de simplicité extrême affichée et revendiquée[5]. Le béton n’est qu’une peau, dont l’oxydation ferreuse affleure parfois à la surface avec des reflets cuivrés. Le verre supporte l’aluminium plus que le contraire. Toute expression de fermetures mobiles extérieures a disparu. Il n\'y a plus de ferblanterie. Cette conception est rendue possible par une expérimentation sans cesse améliorée au fil des occasions d’architecture. Une attitude qui démontre que la richesse du savant apprentissage des modes de fabrication de la construction, est certainement une des clés du processus de projet contemporain. [1] La villa n’est pas tout à fait carrée et mesure en fait 19.90 m. par 18.10 m. [2] On peut ici faire un parallèle avec la villa Tonini de Reihnardt et Reichlin (1972-74), où la salle à manger était au centre de la composition carrée très formelle, en référence à la villa Capra (La Rotonda) de Palladio (1566) [3] Ecoles des Ouches, Genève, 2000-2006, voir Werk, Bauen+Wohnen, n° 3, 2006, p.10. [4] Martin Heidegger, "L\'origine de l\'œuvre d\'Art", in Chemins qui ne mènent nulle part, Ed. Tel-Gallimard, Paris, 1996 (1936), p. 25. [5] Andrea Bassi : "Je me conforte dans le besoin toujours plus pressant de calme et de simplicité", in André Gaillard architecte, édité par la FAS Genève, novembre 2006, p. 14. Aus der Ausgabe 03-2007 |

