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06 | 07
Réaffecter et insuffler une âme
Yves Dreier

Concours pour le nouveau bâtiment de l’idheap (institut de hautes études en administration publique) sur site de Dorigny à proximité de l’Université de Lausanne

Le choix du site dans lequel l’idheap désire s’installer suit une logique de rapprochement avec l’Université de Lausanne. Ce concours s’inscrit, au côté de nombreux projets (1), dans une phase d’extension des limites du campus universitaire et polytechnique dont le plan directeur a été avalisé fin 2005.
La parcelle, idéalement située à proximité de la ligne du m1 (2), est délimitée par une zone résidentielle composée de tours d’habitation, d’un cordon boisé longeant la rivière de la Mèbre et de divers bâtiments institutionnels et industriels en partie déjà désaffectés. Actuellement établi dans le Vieux-Collège de Chavannes-près-Renens non loin du site du concours, l’idheap, fondé en 1981 pour promouvoir le développement des connaissances scientifiques en matière d’affaires publiques et institutionnelles au niveau national et international, présente un nombre d’étudiants en expansion et réclame de nouvelles surfaces d’enseignement.

Réhabilitation
Au-delà d’un programme de locaux en somme assez commun pour la création d’un établissement d’enseignement ― des salles de cours, des auditoires, une bibliothèque, une cafétéria, des bureaux, des dégagements communs et toute une suite de locaux assujettis à la logistiques ―, ce concours propose une problématique architecturale de réhabilitation digne d’intérêt.
La thématique de la réaffectation d’un bâtiment industriel construit dans les années 1970 réclame une analyse approfondie des capacités du bâtiment existant et une redéfinition des potentiels en fonction de leur nouvel utilisateur. L’organisation d’un concours, et le nombre d’approches multiples qu’il propose, devient dans ce sens le meilleur des moyens pour jauger le potentiel de la substance bâtie sur laquelle doit se fonder la nouvelle intervention. Comme dans le cas d’autres projets liés à ce genre de mandat de réhabilitation (3), les concurrents ont été amenés à résoudre les problèmes d’apport en lumière naturelle, de représentativité du bâtiment, d’amélioration énergétique, d’adaptation aux besoins en espace et d’accessibilité du site. A cela s’ajoute, dans le cas de l’idheap, le désire de ne pas modifier le gabarit du bâtiment existant, donc d’inscrire l’intervention à l’intérieur de l’enveloppe préexistante, afin d’optimiser les coûts de construction et de minimiser les éventuelles recours qui pourraient avoir des incidences néfastes sur le délai de mise en service prévu pour l’automne 2008. Ce choix réclame donc une réappropriation du lieu et doit donner une nouvelle consistance à la substance actuelle, lui insuffler une âme.

Taillé sur mesure
Le bâtiment existant, composé de plusieurs volumes et d’espaces proportionnés suivant leur fonction d’origine ― production, stockage, bureaux, accueil, livraison ― est conçu d’une partie inférieure massive sur laquelle une trame structurelle métallique est disposée. La configuration actuelle présente des dimensions en plan et en coupe à première vue inadaptées et demande à être repensée aux besoins d’un bâtiment d’enseignement.
« Osmose », le projet lauréat du bureau Geninasca Delefortrie, propose de créer deux patios largement vitrés pour amener de la lumière et de la verdure au cœur de l’ancienne entité de stockage. Cette intervention, qui se limite à l’étage du rez-de-chaussée supérieur, a également la faculté de hiérarchiser et d’articuler les espaces disposés en son pourtour. De plus une grande attention a été portée à la résolution, en particuliers au travers de la coupe, des problèmes de fonctionnalité et de partition des locaux.
Le concept de transformation projeté repose sur l’évocation d’une contradiction entre le programme du concours et la configuration actuelle du bâtiment. D’un côté l’implantation des auditoires au centre du rez-de-chaussée inférieur, où la lumière naturelle est quasiment absente, semble évidente mais est rendue impossible à cause des hauteurs d’étage actuellement insuffisantes. D’un autre côté les nombreux bureaux et salles de travail ne sauraient faire usage de la surhauteur représentative du rez-de-chaussée supérieur qui dispose par contre de dégagements visuels particulièrement adéquat pour ce type d’espaces. La solution proposée dissout le problème par une « osmose » des deux étages en surélevant ponctuellement le sol de la partie supérieur au profit d’un faux-plancher, qui prend aussi la fonction de caisson technique et diminue dans le même temps le grand vide d’étage peu utile à cet endroit. Suite à ce coup de force, qui supprime toute la structure porteuse dans les nouveaux auditoires et reconstruit une partie du sommier, la partition du programme devient évidente, taillée sur mesure au besoin de l’idheap. Au rez-de-chaussée supérieur les bureaux des chaires et les salles de travail sont disposés le long de la façade et autour des patios largement vitrés. Au rez-de-chaussée inférieur se trouvent les auditoires, la bibliothèque et les salles de cours. Les espaces situés dans le volume du bâtiment de tête, plus étroit et formé de deux étages supplémentaires, accueillent la cafétéria dans une position dominante et les bureaux de l’administration.
L’ampleur de la contrainte posée par les vides d’étage inappropriés est soulignée par la variété des solutions imaginées. Certains concurrents ont cherché, au travers d’une densification des locaux de bureaux, à dédoubler les surfaces du rez-de-chaussée supérieur par la construction d’une galerie ou la modification de la structure métallique existante. D’autres se sont penchés sur la configuration des auditoires dont les gradins se développent sur deux niveaux ou sur l’augmentation de la hauteur en procédant à des travaux d’excavation du rez-de-chaussée inférieur.
Les propositions pour les aménagements extérieures du terrain en légère pente permet à chaque étage d’être accessible par une entrée distincte, ce qui permet de constituer, au-delà de l’utilisation commune du bâtiment, des entités indépendantes ― les bureaux des chaires et les salles d’enseignement ― et de garantir un accès optimisé à tous les usagers que sont les étudiants, les enseignants, les chercheurs et le personnel de l’administration.

Histoire de façade
Sous les impératifs d’amélioration des coefficients énergétiques de la façade se dissimule le besoin de donner un nouveau visage au bâtiment et une identité qui colle à l’idéologie d’enseignement de l’idheap basée sur la qualité, l’ouverture, la nouveauté et la modestie.
Le projet lauréat recherche ici aussi une « osmose » qui se caractérise par un souci de dialogue et de continuité avec la rationalité des façades d’origine. De nature sobre avec son alternance de bandes vides et pleines, elles se démarquent des visions de certains concurrents qui ont refusé de reconsidérer les qualités datées des élévations existantes en lui préférant des façades de verre. La différenciation entre le socle, revêtu d’un crépi lisse et foncé, et des étages, présentant une texture d’enduit grattée et plus claire, donne l’image d’un immeuble de travail contemporain qui s’intègre parfaitement au caractère du site.
En filigrane de cette procédure de réaffectation émerge une réflexion de fond, une sorte d’introspection architecturale qui offre à l’idheap l’opportunité de s’interroger sur son identité après un peu plus de 25 ans d’existence.

 1 Voici une liste non exhaustive des projets actuellement en cours:
pour l’EPFL: le Learning Center de SANAA, un Centre de Congrès scientifique de Richter & Dahl Rocha, des logements pour étudiants d’Eposito & Javet en association avec Farra & Farzan, un hôtel pour visiteurs et hôtes académiques de J.-B. Ferrari
pour l’UNIL: l’extension de la faculté des sciences humaines, la réaffectation des ateliers Leu
  2 Cette ligne, aussi dénommé TSOL (transport sud-ouest lausannois), relie le Flon, au centre de Lausanne, à la gare de Renens et désert l’ensemble du site universitaire et polytechnique
  3 Voir en particulier l’article dans werk, bauen + wohnen 4/06, page 48 sur le concours « UNI/PHZ Umbau Postbetriebsgebäude Luzern »

Aus der Ausgabe 06-2007

 


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